2. Du populisme au postcolonialisme : le tournant postmoderniste.
Cette rencontre se produisit à la fin des années 1980 et elle conduisit à une inflexion marquée, dans une direction postmoderne, de l'orientation populiste qui avait inspiré les six premiers volumes des Subaltern Studies, publiés entre 1982 et 1989. Edward W. Said avec son Orientalisme (1978), Michel Foucault et Jacques Derrida, à travers les traductions anglaises de certains de leurs écrits, devenaient désormais les références théoriques. Dans l'ensemble, les contributions des volumes VII à XII ainsi que les ouvrages publiés par la majeure partie des membres du collectif montrent un déplacement du centre d'intérêt de l'étude des mouvements populaires vers l'analyse des discours, et des catégories de pensée qui structuraient le colonialisme en Inde. Les sources sont de plus en plus d'ordre littéraire et l'histoire occupe une place décroissante dans les préoccupations des subalternistes, à tel point que l'un des derniers volumes paru de la série ne contient aucune contribution d'historien.
Comment interpréter une telle trajectoire dans le mouvement subalterniste ? Certains, comme Sumit Sarkar, un ancien membre du collectif, y ont vu une sorte de trahison des idéaux de départ et l'ont expliquée en partie par l'influence croissante du postmodernisme américain. Dans un texte de 2002, Dipesh Chakrabarty, qui est sans doute le membre le plus influent du collectif depuis le retrait de Guha en 1989, avance l'idée que le mouvement constitue une traduction, dans le domaine de la pensée, de l'avènement en Inde de l'« ère des masses » et que la critique du rationalisme des Lumières à laquelle a procédé le postmodernisme rencontre en quelque sorte la critique de la modernité occidentale développée, depuis l'Inde, par les Subaltern Studies. Il y aurait donc une certaine concordance entre subalternisme et postmodernisme, mais pas pour autant d'absorption de l'un par l'autre.
Quel est le bilan des Subaltern Studies à l'heure où se produit un déb […]
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