3. Enjeux
• Les marques stylématiques
On ne saurait conclure ce panorama sans présenter un certain nombre de concepts clés pour la stylistique à venir, concepts au statut encore incertain, donc fructueux.
On peut poser l'existence de stylèmes. Un stylème ne peut être qu'une corrélation fonctionnelle, entre deux éléments langagiers au moins, variables ou invariants selon les cas, de quelque ordre que ce soit. C'est donc l'abstraction d'un caractérisème de littérarité. Une combinaison, sous forme d'algorithme, de stylèmes définit un style (comme ensemble d'instructions programmatiques) ; et la concaténation, également fixée, de stylèmes dans la matérialisation d'un tissu langagier donné définit un texte.
Ce concept de stylème permet d'approcher clairement la question de fond préalable à toute plongée dans la praxis stylistique : qu'est-ce qui légitime le chantier stylistique ? La recherche du caractère singulier d'une manière littéraire, ou la recherche du caractère propre de la littérarité ? Ce qui amène à distinguer la littérarité générale (un texte est ou n'est pas littéraire), la littérarité générique et la littérarité singulière – pour en isoler des stylèmes correspondants, à supposer, ce qui n'est pas évident du tout, ces trois littérarités asymptotiquement données. On en vient ainsi à poser l'opposition d'un marquage à un non-marquage du discours considéré. Par rapport à un « degré zéro » d'expression, des messages sont marqués ou non marqués. Mais degré zéro d'expression et marquage par rapport à quoi ? Certainement pas par rapport à une norme, à un usage, en référence auxquels se calculerait un écart. Car par quels critères définir la norme ou l'usage ? – et, si l'on y arrivait, rien ne dit que l'on détecterait un écart à valeur de littérarité. Il semble plus méthodique de poser, simultanément, deux ordres de marques possibles. L'un, dans le sillage des travaux de Michael Riffaterre, tient au ressentiment à réception, nécessaire pour établir le marquage : le récepteur […]
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