2. Le style comme instrument de singularisation
La liberté de l'artiste ne s'exerce pas seulement dans le choix préalable du style, elle peut se manifester par la contestation des traits qui le définissent dans la théorie et des règles qui le définissent dans la pratique, par l'invention de nouveaux traits et de nouvelles règles. Ainsi peuvent se créer de nouveaux genres qui se substituent aux anciens. Mais ce qui nous intéresse ici – et qui intéressera aussi le stylisticien – c'est, quels que soient son avenir et son incidence sur la systématique, le moment de l'invention, qui est celui de la pratique. Cette pratique n'est pas nécessairement individuelle (encore qu'elle le soit le plus souvent ou par quelque côté : la construction de la cathédrale suppose un maître d'œuvre, le jeu du corps de ballet un chorégraphe), mais elle est individuante : toute grande œuvre est une création singulière, et l'on pourra même dire que son authenticité se mesure à sa singularité. Les œuvres mineures sont les œuvres standardisées, où n'apparaît point la marque de l'ouvrier sur son ouvrage ; et s'il y a des genres mineurs, ce sont ceux qui ne sollicitent ou ne tolèrent pas cette marque, à savoir la transgression des règles qui les constituent, comme le conte, le roman policier, la chanson, le western. Mais peut-être ces genres mêmes, dont le style est impérieusement prédéterminé, autorisent-ils une certaine personnalisation. L'individuation du style en effet n'implique pas nécessairement la subversion des règles, mais au moins un certain degré de liberté dans la façon de les assumer : l'artisan le plus respectueux, le plus laborieux peut être un artiste si son effort même pour appliquer docilement des normes à un matériau rebelle le conduit comme malgré lui à conjuguer tradition et invention, sinon apprentissage et révolte, et à imprimer ainsi sa marque à son œuvre.
Il faut évoquer ici l'analyse où Barthes, dans Le Degré zéro de l'écriture, réfléchissant sur la littérature et la façon do […]
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