Moins mode d'écriture qu'état d'esprit, le style galant définit une partie de la musique écrite en Europe dans les deuxième et troisième quarts du xviiie siècle, par opposition aussi bien aux dernières œuvres de Bach et à Rameau qu'à l'Empfindsamkeit de Carl Philipp Emanuel Bach, à Gluck, au travail de pionnier de Joseph Haydn dans les années 1760 et au Sturm und Drang des compositeurs autrichiens (dont Haydn et le jeune Mozart) des alentours de 1770. Ses aspects extérieurs sont la renonciation à la polyphonie, l'accent mis sur la séduction mélodique, la variation ornementale, la décoration, et aussi la virtuosité conçue comme un but en soi : d'où, comme définition possible, la « rencontre entre le souci du prestige technique et l'obligation de rester plaisant ». Parmi ses représentants, on trouve Telemann par un certain aspect, beaucoup de musiciens de Cour évidemment, et surtout Johann Christian Bach, son plus parfait porte-parole sans doute. L'affirmer n'est pas nécessairement dénigrer le Bach de Londres, dont de toute façon la personnalité ne s'épuise pas là : l'élégance formelle, la suprême distinction, la sûreté de main sont souvent chez lui autant de hautes qualités qui débouchent sur une sorte d'ivresse et de sensualité dont Mozart sut tirer le plus grand profit, et qui lui ont permis de jouer, comme Carl Philipp Emanuel Bach, mais sur un tout autre plan, un rôle de pionnier en matière de concerto pour piano. Le concerto est en effet un des domaines où effectivement, vers 1770, domina le plus l'esprit galant (l'orchestre se bornant essentiellement à énoncer quelques thèmes et à fournir une toile de fond au soliste virtuose, sans s'imposer sur un pied d'égalité avec lui). Du style galant, il fallait sortir sans pour autant en ignorer les acquisitions : ce fut historiquement et esthétiquement l'œuvre de Mozart et de Joseph Haydn, qui sacrifièrent au style galant, mais dont le style de leur maturité (à partir de 1780) est inconcevable sans ce phrasé articulé, cette polarisation tonique-dominante, ce souci des contrastes et ce dramatisme tonal qui sont autant […]
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