Aussi bien la Grammaire de Port-Royal que, plus tard, celle de Du Marsais ont reconnu la nécessité d'une description psychologique portant sur le passage des opérations prédicatives, porteuses d'un contenu sémantique, aux « constructions » réalisées dans l'énoncé terminal. Si ces dernières ne concernent que les phénomènes physiques de la parole, elles ne correspondent qu'approximativement à la complexité du substrat abstrait qui leur est sous-jacent. On ne doit pas s'étonner que N. Chomsky se reconnaisse dans la linguistique cartésienne, telle que Port-Royal la perpétue, un ascendant réel : « Quand je dis, Dieu invisible a créé le monde visible, il se passe trois jugements dans mon esprit renfermés dans cette proposition. Car je juge : 1. Que Dieu est invisible ; 2. Qu'il a créé le monde ; 3. Que le monde est visible » (cité par Chomsky, La Linguistique cartésienne).
Ce problème n'est pas seulement intéressant pour le théoricien de la langue, soucieux d'étudier les procédures impliquées par ce passage (Chomsky les appellera « transformations »), mais, par là, est soulevée toute la question des universaux de langage, qui reste, bien entendu, très actuelle ; qu'est-ce qui assure qu'on puisse élaborer une théorie déductive du langage humain capable de s'appliquer à toutes les langues, mais seulement aux langues et non à tous les systèmes de communication en général ? La réponse, un large pan de la linguistique contemporaine semble la situer dans une meilleure analyse, toujours plus affinée de la structure sous-jacente, par-delà les différences de surface entre les langues.
Robert SCTRICK
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