3. Architecture et système
Il reste que l'art de bâtir donne à considérer des ensembles organisés dont l'agencement paraît répondre à une nécessité objective, sinon naturelle, l'œuvre d'architecture étant, parmi les produits de l'art, celui qui se prêterait le mieux à une analyse objective pour ce que la loi de construction n'en paraît pas devoir être cherchée dès l'abord dans l'esprit, mais plutôt dans les choses, dans la matière elle-même. Un édifice doit nécessairement satisfaire, en chacune de ses parties, à des principes de cohérence et d'équilibre, de résistance, de composition des forces, de stabilité, qui suffiraient à le définir comme un système fondé en tant que tel sur un réseau de relations « réelles ». L'analyse structurale du fait architectural, telle que le Dictionnaire raisonné de l'architecture française en énonce le programme, implique l'abandon du point de vue strictement descriptif ; le modèle de son propre fonctionnement que propose l'édifice gothique à travers le réseau de ses nervures, ce modèle n'est peut-être qu'illusoire, s'il n'est pas trompeur : une longue polémique aura opposé aux tenants du « rationalisme médiéval » des techniciens prétendument mieux au fait des réalités constructives, et malheureusement moins portés à « rêver » que ne l'était Viollet-le-Duc ; si la discussion n'a pas trouvé de conclusion satisfaisante, c'est que le problème était mal posé. Il suffit pour s'en convaincre de constater que là où ses critiques n'auront trouvé à proposer qu'un retour aux formules les plus paresseuses de l'histoire des styles, le Dictionnaire anticipe quant à lui de façon étonnante sur les développements les plus récents de la pensée structurale dans le champ des sciences humaines. C'est d'abord la volonté de penser le phénomène architectural en termes de systèmes, plus ou moins liés et cohérents, et tels qu'une modification apportée à l'une quelconque de leurs parties ne peut manquer de retentir en d'autres points de l'organisme constructif. C'est ensui […]
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