2. La fonction-signe
Si l'œuvre d'architecture sollicite la pensée contemporaine, c'est moins pour des raisons de nombre et d'harmonie que par l'exemple qu'elle propose d'un ensemble ordonné et qui puisse être visé simultanément comme un système de fonctions techniques et utilitaires, et, au moins par figure, comme un système de signes. La métaphore joue au niveau des systèmes eux-mêmes lorsque Merleau-Ponty, pour illustrer la conception « diacritique » du signe qui était celle de Saussure, définit l'unité d'une langue comme une « unité de coexistence », comparable à celle des « éléments d'une voûte qui s'épaulent l'un l'autre », ou lorsque Claude Lévi-Strauss prétend déceler dans la culture une architecture similaire à celle du langage. Mais elle revêt une portée proprement épistémologique lorsque Saussure, pour rendre compte du mécanisme de la langue et des deux types de rapports, syntagmatiques et associatifs (ou, comme on dit aujourd'hui, paradigmatiques), qui en font le ressort, compare les unités linguistiques qui entrent en composition dans le discours aux parties d'un édifice, et nommément à la colonne. Car une colonne ressortit simultanément à deux ordres de coordination, l'un réel (ou syntagmatique), qui correspond à l'axe des combinaisons, l'autre virtuel (ou paradigmatique), qui correspond à celui des substitutions. D'une part elle entretient avec les éléments – socle, stylobate, entablement, arc, etc. – qui la précèdent ou qui lui succèdent dans l'étendue un certain rapport de fait, comparable à celui qui unit dans le cadre du discours les éléments consécutifs de la chaîne parlée ; d'autre part elle convoque dans l'esprit, par un jeu d'associations mentales, et comme ce peut être le cas d'un terme quelconque emprunté au lexique, le groupe, la série des formes auxquelles elle est apparentée – colonnes des différents ordres, mais aussi piles et supports de toutes espèces – et dont chaque système architectural définit pour sa part le répertoire. Autour de la colonne « […]
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