2. Les doctrines de l'ancien stoïcisme
L'évolution du stoïcisme et la nature de son influence ont contribué à le faire connaître surtout comme une doctrine morale. Aussi faut-il souligner qu'à ses origines il n'est pas seulement une morale, mais une philosophie totale, inhabituellement systématique, où l'aspiration rationnelle à la sagesse, au bonheur et à la vertu ne se sépare pas d'une conception du monde et d'une technique de l'intelligence. Sans cet effort pour unifier les domaines d'exercice de la raison, sans cet étroit ajointement entre l'ordre de la nature et la liberté du sage, Zénon n'aurait été qu'un cynique parmi les autres ; et son disciple Ariston, en déclarant que la physique nous dépasse, que la logique nous importe peu, et que seule la morale nous concerne, signera précisément sa déclaration d'hétérodoxie.
La sagesse, dont la philosophie est l'exercice, se définit comme la science des choses divines et humaines. Logique, physique, éthique : telles sont les trois parties que distinguent en elle les stoïciens, reprenant une division déjà employée dans l'Ancienne Académie, tout en les concevant comme si étroitement unies qu'ils ne parvenaient pas à s'entendre sur l'ordre dans lequel il convenait de les enseigner. Des images célèbres symbolisaient cette unité organique : la philosophie, disait-on, est comme un animal dont les os et les nerfs sont la logique, les chairs l'éthique, l'âme la physique ; ou encore, comme un œuf dont la coquille est la logique, le blanc l'éthique, le jaune la physique. L'idée que la philosophie est un système, à une partie duquel on ne peut toucher sans ébranler tout le reste, était somme toute étrangère au platonisme et à l'aristotélisme même, écoles de libre recherche et de permanente remise en question ; elle s'introduit avec force dans le stoïcisme. Il n'est pour l'homme aucune question importante qui ne mette en jeu le monde où il vit, la raison dont il dispose et le bonheur auquel il tend.
• La logique
L'un des maîtres mots du stoïcisme est l'intraduisible logos, langage et raison, qui est à la f […]
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