3. Stéréotypes et psychologie individuelle
C'est un trait remarquable du stéréotype qu'il tend à s'exprimer, voire à s'illustrer en une forme proche de la caricature.
Sur le plan psychologique, en effet, la caricature peut se comprendre par l'idée d'une recherche de la stabilité des formes perceptives, c'est-à-dire de la constitution de normes structurelles stables. Elle est ce qui, d'une part, se singularise par rapport à ces normes et, d'autre part, ramène cette singularité à un type ; elle rétablit la réalité en spécifiant des formes qui contreviennent à la norme perceptive.
Si donc, comme le pensent les gestaltistes, le perceptif et le symbolique obéissent aux mêmes lois d'organisation, on peut tenter une confrontation des formes imaginaires et des aspects cognitifs du préjugé et dire que le stéréotype joue un rôle identique à la caricature au niveau de la représentation : il correspond à une réaction de défense contre l'angoisse de la différence et de l'abandon des normes ; du point de vue de sa fonction spécifique dans l'économie psychique de l'individu, il peut être apparenté à un symptôme, puisque, aussi bien, il apparaît comme une manière de lier l'énergie psychique et, par là, d'échapper à l'angoisse.
On peut rappeler ici la recherche de Bruno Bettelheim qui tend à considérer l'intolérance comme une fonction de l'angoisse et de la frustration et les accusations contenues dans le stéréotype comme une rationalisation de l'agression : les stéréotypes représentent un canal par lequel se décharge l'agressivité ; ils révèlent la nature de l'angoisse qui les sous-tend. Et Bettelheim conclut : « Les stéréotypes sont le résultat du déséquilibre entre les impératifs du surmoi et les pulsions inconscientes. »
Le stéréotype présente donc un caractère fondamentalement sécurisant ; il retrouve son analogie avec le phénomène de stéréotypie entendu dans son acception psychiatrique de répétition de gestes ou de paroles fonctionnant comme un substitut aux émotions et comme une tentative pour avoir prise sur l'ob […]
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