2. La pensée stéréotypée
Les stéréotypes ressortissent d'abord à une certaine manière d'appréhender la réalité. C'est un mode de penser qui, selon J. Gabel, a pour effet de « dédialectiser, réifier et dépersonnaliser » la réalité concrète, ou encore qui correspond à une « perception essentialiste » ; bref, qui tend à définir des ensembles immuables au sein de la diversité sociale.
Mais c'est une définition d'un caractère particulier, exactement circulaire, ou tautologique : on énumère une série d'attributs ou de caractères pour définir le Noir, le Juif ou la Femme (le premier sera primitif ou fainéant, le deuxième avare ou arriviste, la troisième passive, incohérente, etc.) ; mais en même temps ces attributs renvoient à l'essence du Noir, du Juif ou de la Femme comme à leur fondement, de sorte que leur validité est attestée par ce qu'ils sont justement censés dévoiler. En d'autres termes, les jugements stéréotypés consistent à ramener tous les membres d'un groupe à des caractéristiques générales, ou encore à les penser ou à les percevoir sous la catégorie de l'espèce. C'est ce que souligne Gabel à propos de la pensée raciste lorsqu'il écrit que cette dernière « postule l'identité essentielle du monde organique et de l'univers social ».
Or, cette attitude de pensée est au fond de tout stéréotype social : elle tire toute sa substance de ce qu'elle s'articule sur une notion mythique, circonscrivant des ensembles à la fois physiologiques et psychologiques, et qui est celle de race (transposition, semble-t-il, ici, au règne humain de la notion d'espèce). Mais, alors que, dans le racisme, ce mythe prend appui sur une marque distinctive (couleur de la peau, par exemple) et se trouve en quelque sorte cautionné par la perception naïve, il n'apparaît qu'en filigrane et sous une forme très appauvrie dans les autres cas de stéréotypes sociaux. Autrement dit, ce qui distingue la pensée raciste au sein de la pensée stéréotypée en général tient non pas à ce qu'elle repose sur un mythe q […]
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