2. Le rôle des discontinuités dans l'évolution
Dans son premier grand livre, Ontogeny and Phylogeny (1977), Gould étudie les mécanismes possibles de tels changements discontinus au niveau de l'ontogenèse, c'est-à-dire du développement de l'individu : les phénomènes d'hétérochronie (et notamment la néoténie, c'est-à-dire la rétention, à l'âge adulte, de caractéristiques infantiles ou fœtales) pourraient être une des clés pour comprendre les modalités du devenir phylogénétique : l'homme lui-même pourrait bien être un animal néoténique, dérivant d'un ancêtre du chimpanzé qui n'aurait pas atteint sa forme adulte.
À l'échelle de la macro-évolution, les positions de Gould suscitent un intérêt renouvelé pour le rôle qu'ont pu jouer les extinctions de masse dans l'histoire du monde vivant. On connaît, au cours de cette histoire, au moins cinq extinctions majeures dont il est impossible de rendre compte par l'explication darwinienne de la sélection naturelle et de la concurrence pour la survie. Ainsi, à la limite Crétacé-Tertiaire, les dinosaures ont peut-être été anéantis (selon l'hypothèse des Alvarez) du fait de l'impact d'une comète ou d'un astéroïde de grande taille qui serait entré en collision avec la Terre, il y a quelque 65 millions d'années.
À cet intérêt porté aux phénomènes de discontinuité dans l'histoire du vivant s'associe, d'une part, la critique de la notion d'adaptation – que Gould développe, en collaboration avec Richard Lewontin, dans un article publié en 1979 – et, d'autre part, de celle de la notion de « progrès ». Le devenir des êtres ne saurait être progressif et linéaire car, s'il est régi par les lois biologiques, il l'est aussi par les nécessités et les accidents de l'environnement. Il est par essence historique, soumis aux aléas et aux événements, il n'obéit à aucune nécessité préétablie, il n'est pas prévisible, mais contingent. Plutôt que sur la complexité croissante et la finalité de cette évolution, il convient d'insister sur la plasticité des formes viv […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



