3. « De vue et non de vision »
« Je chanterai le voyant qui, placé dans ce monde, l'a regardé, ce qu'on ne fait pas. »
C'est en ces termes que Mallarmé dessine le projet du Toast funèbre consacré à la mémoire de Théophile Gautier. On ne saurait assez méditer cette phrase. Et il le faut, car l'image s'est trop longtemps imposée d'un Mallarmé, et d'un mouvement symboliste, dont le rêve, constamment, échapperait à ce que nous appelons réalité. Claudel a joué sur l'image de la chambre close, du refuge où l'on fuit la vie, du lieu protégé par la fumée des pipes, comme l'était le petit salon de la rue de Rome. Et l'on ne cesse de citer après lui Les Fenêtres, un poème très ancien, « où l'on tourne l'épaule à la vie ». La citation est exacte, mais il faut considérer le contexte, l'atmosphère encore très baudelairienne qui domine cette parfaite allégorie : le poète est écœuré par l'ici-bas comme le moribond « las du triste hôpital ».
Le sens des Fenêtres est clairement affirmé. Il y a quelque abus à vouloir le retrouver dans toute l'œuvre. Déjà, dans certains des poèmes publiés en 1866, l'ailleurs vers lequel s'enfuir n'est plus désigné par des termes abstraits tels que « l'Idéal » ou « la mysticité ». Il devient paysage. La vacuité de l'azur se transforme en un croquis contrasté : « Une ligne d'azur mince et pâle serait / Un lac [...] / Non loin de trois grands cils d'émeraude, roseaux. » Ces roseaux, nous les retrouvons dans le poème ensoleillé du Faune ; où, coupés, ils deviennent flûtes. « Instrument des fuites, ô maligne / Syrinx », la flûte n'est pas une invitation à quitter le monde, mais à le transmuer en « Une sonore, vaine et monotone ligne ». Et ce que dit le poème, ce n'est pas cette ligne que, plus tard, Debussy fera vibrer ; c'est la naissance de cette ligne, le jeu du rêve ou de la rêverie qui ressasse, déforme et multiplie la vision. On n'a jamais fini de regarder, de revoir, de revivre la scène, l'anecdote des nymphes ravies. On peut toujours « À leur ombre enlever enco […]
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