3. Des spectacles et des représentations
Plus encore que l'exercice effectif d'activités, le sport tend à devenir, dans nos sociétés, un spectacle privilégié. Ses effets spectaculaires se jugent, d'abord, dans l'appréciation, par les seuls connaisseurs, des gestes et des actions, perçus comme des « interprétations particulièrement réussies d'œuvres familières ». Seul le sens affiné du puriste peut apprécier ces séquences d'actions tout à fait prévisibles et reconnues parce que parfaitement coordonnées, adaptées à leur but, réglées et nécessaires. C'est dans ces attentes comblées que réside, d'abord, la secrète jubilation du connaisseur. Mais la fascination que le football, surtout, et le rugby exercent sur leurs supporters dépend également de curieux processus d'identification. Elle repose sur la capacité de ces sports collectifs d'affrontements à symboliser les traits les plus notables de la société (ou de la communauté) qui les produit et devant laquelle ils sont littéralement mis en « jeu » et en scène. Déjà, l'équipe de sport collectif offre le spectacle d'une évidente division technique du travail et d'une claire répartition des rôles, qui la fait considérer comme un microcosme social. Redoublant cette inévitable métaphore par le processus de stylisation de leurs jeux collectifs (stricte homogénéité ou filouterie individuelle, déploiement de forces viriles ou « intelligence » des combinaisons tactiques), les équipes peuvent se constituer en figures emblématiques des identités locales ou nationales. Il existerait ainsi un « rugby à la française », qui peut se définir comme un jeu d'attaque déployé, par les lignes arrière, fait d'adresse, de vitesse et d'évitements, inventif, inscrit dans les mentalités nationales et auquel tout un public s'identifie. De même, les différences de recrutement social entre clubs opposés se traduisent immédiatement par des options tactiques tranchées et cristallisent des identités sociales par effets de contrastes. Toute une communauté […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 15 pages…



