Terme polysémique, le sport a toutes les apparences d'un paradoxe. Alors qu'il est connu de tous et le sujet des conversations les plus quotidiennes, les meilleurs experts ne parviennent pas à le définir avec précision. Parce qu'il rassemble en lui la libre expression du corps exultant dans la consumation de ses énergies et le travail technique rigoureux visant l'économie des efforts dans la production d'une performance, les gestes volatils et les records dûment enregistrés, les loisirs épanouissants et les activités lucratives, le sport présente, dès ses origines, des dimensions déconcertantes et apparemment contradictoires. De plus, la multiplicité de ses formes actuelles fait douter qu'on puisse jamais trouver un principe de classement qui permette de le ramener à quelques formes simples et exclusives. Enfin, comme le sport a ses partisans et ses détracteurs, il révèle assez clairement, dans les controverses qu'il suscite, le contenu fondamentalement normatif de la notion. Certes, on peut estimer, comme le font les humanistes et les érudits qui le célèbrent, qu'il ne fait que restaurer les jeux « sportifs » de l'Antiquité grecque en rénovant les pratiques et en reproduisant les rites et les mythes qui les soutenaient. Contre cette assimilation jugée abusive et idéologiquement orientée, les historiens et les sociologues sont plutôt enclins aujourd'hui à le considérer comme une innovation sociale originale, produite, au milieu du xixe siècle, par une société anglaise culturellement réorganisée par le système parlementaire (N. Elias), inventant des pratiques en rupture avec les formes anciennes, remaniant profondément des éléments préexistants dans une toute nouvelle configuration culturelle. Une première caractéristique du sport est donc qu'on peut le concevoir, sous ses deux faces, comme archaïsme et comme modernisme.
1. Une définition introuvable pour un objet paradoxal
À le considérer sous le seul aspect des sports d'affrontements, les historiens ont pu souligner que les hommes ont toujour […]
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