7. Le sportif qui se dope a-t-il un comportement rationnel ?
L'acte de dopage peut-il être assimilé au comportement de l'homo œconomicus ? Dans cette hypothèse, le sportif professionnel va raisonner en termes de coût d'opportunité ; il sera amené à comparer les bénéfices apportés par la consommation de substances dopantes et ceux qui sont produits par une utilisation alternative et licite de ses ressources, moins risquée pour sa santé. Le sportif sait qu'il concourt avec trois catégories d'adversaires : ceux qui ne se dopent pas ou plus ; ceux qui se dopent de façon artisanale, imprudente et peu efficace en raison de la modestie du budget disponible ; ceux qui se dopent scientifiquement avec des molécules de synthèse indétectables et performantes.
Dès lors, supposons qu'un champion doué soit tenté de prendre des substances interdites pour améliorer sa productivité et donc ses revenus futurs. Avant de décider de se doper, il va évaluer les divers coûts afférents à cet acte et les comparer aux revenus supplémentaires qu'il peut en espérer. Avec l'amélioration de ses capacités, il obtiendra de meilleurs résultats sportifs, lesquels se traduiront par une augmentation de sa rémunération. S'il ne redoute ni d'être pris et sanctionné, ni de subir d'éventuelles conséquences sur sa santé, et que le sentiment de tricher ne l'affecte pas, il aura tendance à céder à la tentation de se doper. Mark McGwire, l'ancienne vedette de la Major League Baseball, commentait ainsi sa campagne publicitaire à la télévision américaine pour un stéroïde anabolisant qu'il consommait régulièrement : « Je crois encore que ce produit n'est mauvais en rien. Si vous êtes un adulte, alors vous devez choisir votre destin » (L'Équipe, 9 sept. 1999).
Dans une telle configuration, notre champion va rapidement bénéficier d'avantages considérables : un investissement par an de 100 000 euros pour se doper peut en effet générer un revenu brut annuel d'environ 3 millions d'euros. Moins doué, il occuperait un emploi […]
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