6. L'industrie du dopage
Le dopage s'est fortement développé durant les années 1990, dans un contexte de conversion du sport à l'économie de marché, de pénétration croissante des financements d'origine privée, d'exaltation de la réussite individuelle, de forte évolution de la pharmacologie, sans oublier la révolution dans le domaine des communications que constitue Internet (tabl. 2). La conjonction de ces facteurs a créé un véritable marché illicite des produits pharmaceutiques, organisé en réseaux de grande ampleur. L'offre s'est adaptée à la demande. Une filière économique s'est structurée avec une division géographique du travail : pays producteurs (Hongrie, Bulgarie, Russie, pays Baltes, Ukraine, Pologne, République tchèque), laboratoires de transformation (Pays-Bas, Suisse, Espagne, Mexique), pays de stockage (Belgique, Suisse), consommateurs (Amérique du Nord, Europe).
Cette économie du dopage se développe, avec des effets nocifs pour ce qui concerne tant la santé publique que les valeurs fondatrices du sport. De plus, ce système de tricherie a cessé de fonctionner en vase clos et de façon artisanale. Dans de nombreux pays (la R.D.A. et l'U.R.S.S. hier, la Chine et l'Italie aujourd'hui, par exemple), on a pu constater que son intrication avec certains pouvoirs politiques, médicaux et sportifs légitime et facilite son essor. L'impunité quasi totale dont bénéficient ces pratiques a également amplifié le phénomène. Et l'examen de l'évolution de la production de ces substances dopantes et de ses localisations privilégiées ne peut qu'inquiéter. En effet, certains pays peu développés ou en phase délicate de transition ont fait de leur commercialisation un moyen de subsistance. « Nous sommes dans un pays qui a des milliers de chimistes au chômage, mais également une industrie pharmaceutique importante, mais sans contrôle. [...] En matière de dopage, la Russie va devenir pour l'Europe ce qu'est, avec la drogue, la Colombie pour les États-Unis », expliquait Nicolaï Durmanov, respo […]
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