3. Où commence le dopage ?
Si le dopage est omniprésent dans la société, il n'a de sens juridique et n'est sanctionné que dans le sport, lequel, il est vrai, s'est fondé sur plusieurs mythes expliquant cette spécificité : pureté de l'effort, égalité des chances, incertitude des résultats, activité saine et naturelle. Le dopage s'inscrit donc à la fois dans le cadre d'une transformation sociétale (esprit de concurrence et de compétition, obligation de résultat) qui exige de l'individu qu'il soit meilleur que lui-même et dans un mouvement général de médicalisation de la société qui s'accompagne d'une instrumentalisation du corps.
En fait, la « géométrie » du dopage constitue la première incertitude. Il n'existe pas de consensus sur sa définition. Les controverses qui l'entourent révèlent des conceptions opposées sur ce que serait le « sens » du sport. De plus, il existe un dopage connu et repérable, et un autre indétectable. Si l'on admet que le dopage consiste à recourir à des aides artificielles à la performance, un dopage illicite, très mal contrôlé, apparaît. La frontière entre dopage autorisé et non autorisé est arbitraire : le premier recouvre l'ensemble des médicaments préparateurs ou reconstituants licites, ordonnés et ingérés en dehors de toute indication thérapeutique, c'est-à-dire de toute maladie, afin d'optimiser le niveau du sportif en repoussant chimiquement ses seuils naturels. Le second est défini par la liste des produits interdits élaborée par l'A.M.A., à partir de trois principes : le produit possède le potentiel d'améliorer la performance ; il présente un risque pour la santé ; il est contraire à l'éthique du sport. Pour qu'une substance fasse partie de cette liste, il faut qu'au moins deux de ces critères soient remplis. Avec l'application des nouveaux critères de l'A.M.A. à la liste des spécialités pharmaceutiques françaises contenant des substances dopantes, 308 spécialités sur 950 ont cessé d'être interdites le 1er janvier 2004, date d'entrée en vigueur du Code mondia […]
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