2. Un puissant rouage du système économique du sport
La presse sportive est aujourd'hui un rouage essentiel du système économique du sport-spectacle, en recherche des meilleurs bénéfices. En fait, elle l'a été dès son origine, mais sur des bases beaucoup plus modestes et moins rentables. Même le Tour de France n'a apporté la fortune ni à L'Auto avant guerre, ni à L'Équipe après guerre : la Grande Boucle permettait d'augmenter les ventes du journal organisateur pendant trois ou quatre semaines, et tout le monde s'en satisfaisait. Désormais, le puissant consortium qu'est Amaury Sport Organisation (A.S.O.), qui appartient au même groupe de presse que L'Équipe et Le Parisien, dispose d'un pactole avec les droits imposés aux télévisions de nombreux pays. Le Tour de France, même s'il a perdu de son prestige, constitue une colossale affaire, inévitablement convoitée par l'Union cycliste internationale (U.C.I.), qui voudrait bien récupérer une autorité qu'en fait elle n'a jamais eue et l'apport financier qui l'accompagnerait. Le cyclisme professionnel comme la boxe professionnelle se trouvent de fait sous la complète autorité d'organisateurs privés, contrairement aux autres disciplines, qui reposent sur des structures fédérales, nationales et internationales.
Dans le domaine du sport, le médiatique se fond et se confond de plus en plus avec l'économique, dont il devient le rouage essentiel, surtout depuis l'intervention des télévisions, lesquelles achètent fort cher l'événement sportif, pour le revendre ensuite à des sponsors publicitaires. Mais le sponsor doit ensuite récupérer son généreux soutien sur le produit qu'il fabrique et qu'il vend. Donc, le consommateur, qu'il apprécie ou n'apprécie pas le sport, rembourse en définitive cet investissement.
Le citoyen et, de plus en plus, la citoyenne paie, et parfois fort cher, pour être spectateur ou spectatrice de l'événement sportif : il paie comme lecteur ou lectrice, s'il veut le commentaire de l'événement ; il paie, d'une façon ou d'une autre, comme auditeur ou téléspectateur, en qualité de contribuable ; mais il paie encore bien plus, sans le savoir, comme consommateur des produits qu'il achète. Et la presse sportive se garde bien de le lui rappeler, parce qu'elle est elle devenue, sous toutes ses formes – écrite, parlée, télévisée ou sur Internet –, un rouage essentiel de cette économie du marché du sport, qui ne cesse d'intensifier son importance.
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