3. La régénération du Moyen Âge
Fossoyeur du sport antique, c'est paradoxalement le christianisme qui va inventer le sport moderne. L'élan du Moyen Âge, en effet, sera fondamental. Le développement de l'esprit chevaleresque s'appuyait sur des vertus que lui fixait l'Église ; celle-ci avait anéanti l'athlétisme antique ; elle en fit surgir un autre qui lui échappa bientôt et provoqua de sa part d'inutiles réactions.
Au-delà de la longue nuit des invasions, le monde occidental retrouve peu à peu son entité. Cette régénération, qui s'étend sur des siècles, s'accompagne, dans le royaume de France, d'une débauche d'activité sportive dont, longtemps, on ne soupçonna pas l'intensité.
• Exercices de la noblesse
Contrairement à ce que l'on croit généralement, le sport, ou, plutôt, les exercices physiques médiévaux ne sont pas une création anglaise : il s'agit bien d'une invention française. « Exercitez-vous », disait en pleine guerre de Cent Ans le poète Eustache Deschamps (D'un notable enseignement pour continuer santé en corps d'homme) : « Exercitez-vous au matin/ Si l'air est clair et entérin (pur)/ Et soient vos mouvement trempés (exécutés avec mesure)/ Par les champs, es bois et es prés/ Et si le temps n'est pas de saison/ Prenez l'esbat en vos maisons. »
De très nombreux Français du xive siècle prenaient ainsi de « l'esbat ». Quant au mot sport, ce n'est nullement un emprunt fait à nos voisins anglais ; le vocable leur venait de France : il s'agissait de notre ancien « desport », « desporter ». Ainsi dès le xiiie siècle, Du Cange, dans Vitae patrum, écrivait : « Pour déduire,/ Pour desporter/ Et pour son corps réconforter/ Porter faisait faucons. »
Les Anglais utilisèrent d'abord ce mot tel qu'ils l'avaient importé par l'intermédiaire des Normands. Leur grand poète du xive siècle, Chaucer, dans Tale of Melibeus, parle ainsi d'un jeune homme qui allait « pour son desport jouer aux champs ». Au xvie siècle, Rabelais employa lui aussi notre vieux vocable dans son sens sportif : « Se desportaient es prés […]
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