Venant à la suite d’Illusions perdues, mais rédigé en fait en même temps que lui, Splendeurs et misères des courtisanes occupe dans l’œuvre d’Honoré de Balzac (1799-1850) une place privilégiée. C’est le roman qui l’aura accaparé le plus longtemps : de 1835, avec la conception du personnage d’Esther, à 1847, année où il termine la dernière partie d’un ouvrage qui ne paraîtra intégralement qu’après sa mort. C’est aussi son livre le plus touffu : on n’y compte pas moins de 273 personnages. C’est surtout celui qui contient le plus de personnages « reparaissant » : presque tous les acteurs du Père Goriot, notamment, s’y retrouvent, bouclant ainsi la boucle de La Comédie humaine. Enfin, après des années d’insuccès, ce roman permet à l’auteur de retrouver toute la faveur du public.
1. Un monde sans haut ni bas
Grâce au pacte conclu avec l’abbé Herrera, à la fin d’Illusions perdues, Lucien de Rubempré revient sur le devant de la scène parisienne. Il a pour maîtresse Esther Gobseck, une ancienne courtisane surnommée la Torpille, qui mène désormais une vie rangée par amour pour lui. Mais, reconnue au cours d’un bal et craignant de compromettre Lucien, elle songe à se suicider. Herrera l’en empêche et lui offre d’entrer dans une institution où elle pourra, en recevant une éducation de jeune fille, être digne de Lucien. Séparée de celui-ci, Esther dépérit. Herrera consent alors à ce que les amants se voient en cachette. Gardée par trois domestiques, Esther vivra recluse et ne sortira que la nuit.
Malgré ces précautions, le baron Nucingen, richissime banquier, l’aperçoit et en tombe amoureux. Ne parvenant pas à la revoir, il engage des détectives pour la retrouver. Ceux-ci sont menés sur une fausse piste par Herrera, qui se révèle être Jacques Collin, un bagnard évadé, déjà héros du Père Goriot sous le nom de Vautrin. Herrera a résolu d’e xtorquer au baron le million de francs nécessaire à Lucien pour lui permettre d’acheter des terres, de devenir marquis, et, en épousant la fille du duc de G […]
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