5. Les faiblesses du spiritualisme philosophique
S'efforçant d'occuper une position médiane entre le matérialisme et l'idéalisme, mais, à ses yeux, supérieure à ces deux pôles extrêmes de la pensée, le spiritualisme n'échappe pas lui-même à de sérieuses objections. L'explication systématique de l'inférieur par le supérieur peut n'être pas moins appauvrissante que la démarche inverse : dans le domaine psychologique, on répugnera à assigner au comportement des mobiles « inavouables » et à accepter dans leur intégralité les enseignements de la psychanalyse ; dans le domaine social, on insistera sur le devoir-être plus que sur les faits, on tendra à minimiser les tensions et les conflits ; on pratiquera, en définitive, une philosophie entretenant avec l'évolution scientifique des relations fort ambiguës et toujours tentée de se replier sur l'intériorité, fût-elle celle de l'intersubjectivité de l'amour.
Enfin, et ce ne semble pas être son moindre défaut, le spiritualisme a une vision trop rapide de l'histoire et de l'historicité : on l'a vu à propos des Deux Sources de Bergson où prévaut le schéma simpliste de la « double frénésie » ; mais il apparaît que même le « spiritualisme herméneutique » le plus actuel et éventuellement le plus engagé ne parvient guère à opérer la jonction philosophique entre l'histoire (mythique) de la chute et du salut et l'histoire (réelle) de l'humanité en mutation.
Continuant le plus souvent de recevoir de la foi ses réponses, la pensée spiritualiste a-t-elle encore assez de vigueur interne non seulement pour survivre, mais pour faire coïncider ses aspirations les plus nobles avec les exigences du temps et le sens du destin de l'être ?
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