2. De la scolastique à Descartes
Le spiritualisme moderne devrait se reconnaître plus facilement dans la scolastique que dans les synthèses théologiques antérieures, encore trop platonisantes. Le thomiste, comme le spiritualiste, se veut à la fois réaliste et ouvert à la dimension surnaturelle : ils considèrent tous deux que le cogito cartésien a introduit une coupure excessive entre la pensée (être au sens premier, selon Descartes) et la matière conçue de manière trop mécanique. Une orientation décisive rapproche pourtant le spiritualisme du cartésianisme et le rend même, en partie, tributaire de ce dernier : l'exploration de l'intériorité est le fait d'une subjectivité qui était inconnue de saint Thomas comme d'Aristote. Mais, alors que la recherche cartésienne de la vérité vise une objectivité analogue à celle des mathématiques, le spiritualisme, au nom de la « profondeur », libère en grande partie la subjectivité des garanties de clarté et de distinction qui préservaient la démarche rationnelle des prestiges de l'erreur et de l'imaginaire. C'est laisser deviner les difficultés méthodologiques d'une philosophie qui se situe – qu'elle le veuille ou non – au sein d'une dimension post-cartésienne, tout en récusant ou en laissant, plus ou moins, de côté les exigences d'objectivité formulées dans le Discours de la méthode et dans les Règles pour la direction de l'esprit.
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