Caractérisé plus par une convergence d'inspiration que par le ralliement à un système, le spiritualisme désigne, au sens général, toute doctrine reconnaissant à la fois l'autonomie et la supériorité de l'esprit. De ce point de vue, l'élan dominant de la métaphysique occidentale depuis Anaxagore exprime cette tendance. De même, le spiritualisme peut apparaître comme la formulation philosophique d'une aspiration présente dans toutes les grandes religions.
Cependant, le mot « spiritualisme » (qui a d'abord été utilisé péjorativement pour désigner un abus de spiritualité) a un sens plus précis qui correspond à son emploi, principalement en France, depuis le début du xxe siècle, par des philosophes qui, à l'instar de Maine de Biran et de Victor Cousin, cherchent à réagir simultanément contre le matérialisme du xviiie siècle et contre l'idéalisme allemand. D'après eux, le premier réduit le supérieur à l'inférieur, le second pèche par excès de généralisation et d'abstraction : l'esprit doit être considéré comme un principe vivant. C'est dans cette perspective que se situe la prédiction faite par Ravaisson dans son célèbre rapport sur La Philosophie en France au XIXe siècle : « À bien des signes, il est [...] permis de prévoir comme peu éloignée une époque philosophique dont le caractère général serait la prédominance de ce qu'on pourrait appeler un réalisme ou positivisme spiritualiste, ayant pour principe générateur la conscience que l'esprit prend en lui-même d'une existence dont il reconnaît que toute autre existence dérive et dépend, et qui n'est autre que son action. »
La principale illustration de ce « positivisme spiritualiste » devait être l'œuvre de Bergson dont la quête expérimentale de l'unité entre la conscience et la vie a connu un si grand succès dans les premières décennies du siècle.
Si, aujourd'hui, devant la progression technologique, la montée des sciences humaines et la violence des conflits politico-idéologiques, l'influence du spiritualisme philosophique est en déclin, peut-on nier que […]
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