Mot latin signifiant « miroir », fréquemment employé dans le titre d'ouvrages d'édification sur des sujets théologiques ou moraux, et genre littéraire didactique. Les plus anciens textes de ce genre en Occident sont les Miroirs des princes par lesquels l'Église carolingienne essaie de faire l'éducation des empereurs et des grands : citons la Via Regia de Smaragde de Saint-Mihiel (viiie siècle), l'Institution royale de Jonas, évêque d'Orléans (mort en 843), et le curieux Manuel (Liber manualis) que la princesse Dhuoda, épouse de Bernard, duc de Septimanie, rédige entre 841 et 843 pour son fils âgé de seize ans, manuel du parfait aristocrate et du parfait chrétien. Il s'agirait alors de miroirs renvoyant au lecteur l'image de son propre idéal. Avec la révolution scolastique et le développement de la physique du verre — le xiiie siècle inventa les lunettes —, cela signifie en sens inverse un regard positif sur le monde, un tableau (Bildung), un modèle structural résumant un organisme. Le genre a pris son nom, sans doute à la fin du xiie siècle, d'un passage de saint Augustin, issu de Jac. (i, 1), qui dit que l'Écriture renvoie à chacun son image ; il s'est répandu à coup sûr après la décision du quatrième concile de Latran (1215) de rendre obligatoire pour tous les fidèles la confession annuelle : il s'agit de rendre facile l'examen de conscience. Tel est le rôle du Speculum Ecclesiae que saint Edmund de Pontigny (archevêque de Canterbury de 1233 à 1240, canonisé en 1246) écrit et traduit en anglo-normand sous le titre Merure de Seinte Église à l'usage d'une communauté sans doute féminine. C'est pour les fils de Saint Louis dont il est précepteur que Vincent de Beauvais compile, entre 1247 et 1259, son Miroir en trois parties : Speculum doctrinale, Speculum historiale, Speculum morale, ce dernier traitant de morale individuelle (livres IV et V), familiale (VI) et politique (VII à X) : l'ouvrage est immédiatement traduit à de nombreuses reprises et on l'imprime vers 1460. Frère Laurent d'Orléans, ou de Bl […]
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