1. Certitude de la souffrance physique
Seule la souffrance physique – la « douleur » – semblerait devoir faire l'objet d'une certitude : mieux localisée, plus sporadique et dotée de seuils d'intensité éventuellement déterminables, elle échapperait à cette suspicion qui caractérise la souffrance, dont la causalité, étant d'ordre suprasensible aussi bien que sensible, fait intervenir des éléments réputés imaginaires. Bref, la douleur, ne se développant point encore en doléance, se confondrait avec le degré de sensibilité qui caractérise le vivant dans sa manifestation existentielle la plus élémentaire.
L'on sait pourtant que, lors des lésions de la substance réticulée, l'aire de diffusion spatio-temporelle propre à la douleur s'étend au point d'imprégner chaque sensation et semble alors se confondre avec la simple douleur d'exister. En outre, les progrès de la neurobiologie ont beau nous faire connaître l'influence des médiateurs chimiques sur les délais de reconstitution de la molécule, bien des faits énigmatiques subsistent. Citons deux exemples : le cas de modificateurs de l'humeur dont l'influence s'exerce bien au-delà d'une simple coloration du monde, puisque leur absorption, en agissant sur les neurorécepteurs, modifie les seuils de réceptivité à la douleur ; et, par ailleurs, le cas bien repéré des algoneurodistrophies, ces lésions profondes des tissus musculaires et osseux dont on attribue la cause à une souffrance d'origine physique aussi bien que morale. Comme si un infarctus du myocarde ou la simple ingestion de barbituriques pouvaient avoir le même effet qu'un deuil ou un chagrin d'amour ! Autant dire la difficulté d'accorder à la douleur un statut spécifique dans le champ d'une morbidité qui semble affecter tous les secteurs de l'existence depuis les lésions les plus objectives jusqu'aux moins perceptibles sautes d'humeur.
Veut-on retracer l'hodologie des différents déplacements dont la souffrance fait preuve à la frontière du somatique et du psychique, deux ty […]
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