3. Évolution politique depuis l'indépendance
• L'instabilité des régimes libéraux (1956-1969)
L'indépendance ne constituait pas une rupture radicale avec la période précédente. La vie politique demeurait structurée autour de la compétition de deux grandes familles politiques et religieuses et la gestion d'un appareil d'État mal adaptée à la réalité plurielle et essentiellement rurale du pays. Le premier Premier ministre, Ismaïl al-Azhari, grande figure du mouvement nationaliste avant l'indépendance, en tirait d'ailleurs une conclusion désabusée : pour faire de la politique au Soudan, il fallait l'appui d'une confrérie musulmane à l'instar de la Khatmiyya ou des Ansar, mouvement se revendiquant du Mahdi et faisant figure de quasi-confrérie.
D'un côté, on retrouvait le parti Oumma dont la direction était assumée par les descendants du Mahdi et de son khalife (son successeur), une partie desdites grandes familles traditionnelles du monde tribal et religieux soudanais. Cette force politique illustrait bien des paradoxes de la vie politique soudanaise. Sa base sociale était essentiellement rurale et vivait dans les régions qui s'étaient soulevées avec succès contre la colonisation ottomane. Pourtant, ses cadres étaient des membres de l'élite urbaine, souvent même des laïcs, qui partageaient une même hostilité vis-à-vis de l'Égypte, une parentèle avec l'élite religieuse qui formait la direction du parti, ou des allégeances locales vis-à-vis de certains de ses dirigeants.
De l'autre, on trouvait une constellation de partis, religieux ou laïcs, réunis dans un grand courant unioniste dont la cheville ouvrière était le Parti démocratique populaire (P.D.P.) de la famille al-Mirghani, qui était à la tête de la première confrérie musulmane du pays, la Khatmiyya, et avait opté depuis le xixe siècle pour un appui à l'Égypte. Ce courant avait été très sensible aux évolutions politiques en Égypte et avait fait campagne entre les deux guerres mondiales pour l'unité de la Vallée du Nil contre […]
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