2. Une pensée tragique
• Le paradoxe de la subjectivité
Kierkegaard est un penseur tragique qui s'oppose aux philosophies systématiques et à un christianisme affadi. Dans l'hégélianisme, qui était à la mode auprès des universitaires et des théologiens danois, il ne trouve que des spéculations sur l'histoire et l'objectivité sans y rencontrer une quelconque approche de la question fondamentale : Qu'est-ce que l'existence personnelle ? Il s'en scandalise, car « il faudrait, tout de même, qu'être un penseur eût le moins de différence possible avec être un homme » ; à ses yeux, bon nombre de philosophes ont construit des palais d'idées tandis qu'ils continuent d'habiter des chaumières. Kierkegaard trouve les réponses aux problèmes qu'il se pose dans ce christianisme tragique que son père lui avait rendu familier : celui du Christ en agonie sur le Calvaire. Il se donne donc pour un penseur religieux s'efforçant de décrire la situation de l'existant dans le monde et face au devenir.
C'est pourquoi deux formules, en apparence contradictoires, permettent d'indiquer les points de départ de sa méditation. La première énonce que la subjectivité c'est la vérité ; elle est la vérité face aux systèmes objectifs et historiques, face aux concepts dépersonnalisants, car ce qui existe ce n'est pas le concept de « souffrance » mais bien des hommes qui souffrent : il n'y a pas de système de l'existence. Ce qui est vraiment, c'est donc l'Individu, en entendant par là non pas l'individu, simple unité numérique au sein de l'espèce, mais l'homme conscient de ses catégories existentielles. On trouve donc dans cette notion l'idée chrétienne du Dieu personnel en même temps qu'une dénonciation de tous les systèmes totalitaires dans lesquels les spéculations sur la forêt font oublier que celle-ci est composée d'arbres. Mais il faut dire également : La subjectivité est l'erreur ; elle est l'erreur face à la transcendance de Dieu, ce Tout-Autre que l'homme n'est pas. Ainsi la subjectivité est dans une si […]
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