6. L'influence de Socrate
Par Platon, puis Aristote et le néo-platonisme, le « grand socratisme », de son côté, ouvre une histoire qui est celle de la philosophie occidentale. Bien rares sont les doctrines qui ont repoussé le patronage de Socrate. Aux temps hellénistiques, seul Épicure ose en appeler de la conscience mystifiée à l'infaillible sensation, tandis que le prototype socratique du sage sert de thème aux variations de la tension stoïcienne, de la subtilité sceptique, de l'humanisme cicéronien. Plus tard Socrate, anima naturaliter christiana, sera aisément baptisé. Sa figure domine la tradition philosophique, de Montaigne à Descartes, de Rousseau à Hegel, de Kierkegaard à Merleau-Ponty ; les philosophies se consolent de se contredire en regardant vers lui. Il inspire jusqu'aux plus regrettables poncifs de la philosophie scolaire. Il hante Nietzsche, son plus grand adversaire. Et l'on peut trouver encore quelque chose de secrètement socratique dans la dénonciation des illusions de la conscience, qui, de Marx à Freud, ont paru sonner le glas du socratisme. Socrate est devenu ce avec quoi l'on n'en finit pas plus qu'avec la philosophie même.
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