4. La « nouvelle sociologie économique » en France
La réapparition de la notion de « sociologie économique » en France est très récente et encore peu stabilisée. On retrouve bien sûr, en France, les pôles présentés plus haut à propos du champ américain : l'analyse des réseaux sociaux, la sociologie « organisationnelle », l'approche « culturelle ». Mais ils ne règnent pas de façon aussi nette sur ce qui se donne aujourd'hui le nom de « sociologie économique ». L'existence en France de traditions hétérodoxes plus fortes en économie crée un espace plus large – et aussi, sans doute plus flou – à l'intersection des deux disciplines : l'économie des conventions, voire de la régulation, se réclame de plus en plus de la « socio-économie », voire de la « sociologie économique », tout en restant le plus souvent assez éloignée des méthodes de la sociologie économique classique comme de celles de la « nouvelle sociologie économique ». Le pôle des chercheurs de l'I.N.S.E.E. – ou liés à l'I.N.S.E.E. – le plus proche de la « sociologie » a beaucoup contribué, depuis les années 1970, à des recherches que l'on peut qualifier de « socio-économiques », même si elles ne revendiquent pas explicitement leur caractère de « sociologie économique », ni même de « sociologie de l'économie ». Par ailleurs, les travaux de Granovetter et d'autres sociologues de l'économie sont peut-être surtout lus et connus, en France, par des économistes hétérodoxes. Les formes d'hybridation sont assez nombreuses, avec le rôle pivot des héritiers de l'école des Annales à l'intersection entre histoire, sociologie et économie, et l'intérêt croissant de chercheurs en science politique pour les politiques économiques, faisant de plus en plus souvent le lien entre sociologie des relations professionnelles et politiques publiques (cf., en particulier, un chercheur comme Michel Lallement). Ce phénomène de capillarité généralisé est sans aucun doute lié à l'importance des filières de formation « économiques et sociales » (hypokhâgnes et khâgnes, sciences économiques et sociales, etc.) en France. La « nouvelle sociologie économique » est aujourd'hui interprétée dans un contexte déjà surabondant : les problématiques de « construction sociale de l'économie » sont presque considérées comme des banalités dans de larges pans des sciences économiques et sociales en France.
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