8. Sociologie de la production
« Qu'est-ce qu'un auteur ? », demandait Michel Foucault dans une célèbre conférence donnée en février 1969 à la Société française de philosophie (reprise dans Dits et écrits I, 1954-1975, 1994. Différentes approches sociologiques tentent de répondre à cette question : morphologie sociale d'une catégorie, toujours difficile à cerner étant donné la labilité des frontières entre artistes professionnels (Michèle Vessillier-Ressi, Le Métier d'auteur : comment vivent-ils, 1982 ; Raymonde Moulin et al., Les Artistes. Essai de morphologie sociale, 1985) et amateurs (Olivier Donnat, Les Amateurs. Enquête sur les activités artistiques des Français, 1996 ; Daniel Fabre, Par écrit. Ethnologie des écritures quotidiennes, 1997) ; structuration du « champ » artistique ou littéraire, visant une « science des œuvres » à travers la mise en évidence des hiérarchies organisant une activité, elle-même « relativement autonome » par rapport à d'autres champs, et où la manière d'être, l'« habitus » du producteur individuel est lié à sa position dans le champ (Pierre Bourdieu, Les Règles de l'art : genèse et structure du champ littéraire, 1992) ; ou encore, aux États-Unis, description interactionniste de la multiplicité des activités aboutissant à la création artistique, qui apparaît ainsi comme collectivement déterminée (Howard Saul Becker, Les Mondes de l'art, 1982, trad. franç., 1988).
Enfin, à ces approches positivistes et explicatives, visant à mettre en évidence les déterminations réelles de l'expérience artistique, peut s'ajouter une approche « compréhensive », cherchant à dégager la logique et la cohérence des représentations que s'en font les acteurs : par exemple, en reconstituant l'espace des possibles imparti aux auteurs, de façon à comprendre à quelles conditions l'écriture peut être aussi création d'une identité d'écrivain (Nathalie Heinich, Être écrivain. Création et identité, 2000).
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