1. La société comme totalité
Le mystère que représente l'unité du social a été exposé par Cornélius Castoriadis dans L'Institution imaginaire de la société. « Qu'est-ce qui fait, se demande-t-il, que la société « tient ensemble », que les règles (juridiques ou morales) qui ordonnent le comportement des adultes sont cohérentes avec les motivations de ceux-ci, qu'elles sont non seulement compatibles, mais profondément et mystérieusement apparentées au mode de travail et de production, que tout cela à son tour correspond à la structure familiale, au mode d'allaitement, de sevrage, d'éducation des enfants, qu'il y a une structure finalement définie de la personnalité humaine dans cette culture, que cette culture comporte ses névroses et pas d'autres, et que tout cela se coordonne avec une vision du monde, une religion, telles façons de manger et de danser ? »
Sans doute, le sociologue qui étudie la société globale voit-il en elle le phénomène social à la fois le plus vaste et le plus doté de réalité, un tout organique original à l'existence duquel concourt l'ensemble des institutions, des croyances, des comportements, qui constituent la chaîne et la trame de la vie collective ? Mais peut-on ainsi penser la société comme un tout organique, c'est-à-dire comme une totalité réelle ? Existe-t-il, autrement que par l'arbitraire d'un acte épistémologique, une seule société globale dont on pourrait définir avec précision les frontières à la fois spatiales, historiques, culturelles et symboliques ?
La notion de tout organique a un sens lorsqu'elle s'inscrit dans l'espace de la philosophie hégélienne qui, en vérité, ne connaît qu'un seul tout, l'Esprit, dont le devenir historique implique le parcours de différentes figures, de différents moments, qui sont autant de types de sociétés (monde grec, monde romain, etc.), jusqu'à l'achèvement dans la société ultime où il se possède lui-même, dans le « savoir absolu ». Mais ces types de sociétés ne sont des totalités que dans la mesure où ce […]
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