3. Socialisation, re-socialisation
Enfin, même si la nature des cadres socialisateurs « secondaires » investis par les individus dépend en partie des dispositions sociales préalablement constituées au sein de la famille, les recherches menées prouvent qu'on ne peut jamais négliger leur pouvoir propre d'infléchissement ou de modification plus ou moins forts des produits de la socialisation passée, ni même leur capacité à produire de nouvelles dispositions mentales et comportementales chez ceux qui sont amenés, volontairement ou par obligation, à les fréquenter durablement. Cela se vérifie autant à propos des expériences scolaires, des univers professionnels, des réseaux de sociabilité et du cadre de la vie conjugale, que des institutions sportives, religieuses ou politiques. Même réalisées dans des conditions socioaffectives différentes, les socialisations secondaires peuvent remettre plus ou moins profondément en question le rôle central de la socialisation familiale. Par exemple, les cas de « déclassés sociaux », par le « haut » comme par le « bas », montrent que, selon le domaine de pratiques considéré, des individus peuvent mettre en œuvre des dispositions familialement acquises ou des dispositions scolairement et professionnellement acquises (Hoggart, 1988). Mais l'étude des cas de grandes ruptures biographiques ou de changements significatifs de rôles sociaux (anciens prisonniers, ex-prostituées, transsexuels, anciens membres d'ordres religieux, etc.) fait clairement apparaître que le travail de socialisation et de re-socialisation est un processus continu tout au long de la vie (Ebaugh, 1988).
En fin de compte, la question du type de structuration au sein de chaque individu des différentes expériences socialisatrices dépend du caractère plus ou moins hétérogène ou homogène de ces expériences. Les individus des sociétés hautement différenciées, qui vivent en régime de concurrences éducatives et se confrontent plus ou moins précocement à des normes socialisatrices très différentes, ont une plus grande probabilité d'avoir constitué un patrimoine de dispositions incorporées hétérogènes, et parfois même contradictoires, que les individus vivant dans des sociétés traditionnelles, démographiquement plus restreintes et infiniment moins différenciées (Lahire, 1998 et 2004).
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