2. Le Nous
Dans ce jeu où le sociologue voit s'opposer individu et société, réel et irréel, infrastructure et superstructure, la nature du Nous semble indiscernable.
La distinction de l'infrastructure et de la superstructure notamment ne tient pas compte du fait qu'il n'y a de réel social que par l'inscription dans le champ des significations. Or, l'on sait que, d'une certaine façon, le social renvoie à un Nous, foyer du sens, d'où les sujets sociaux, les groupes et les pratiques tirent ensemble leur réalité symbolique et le jeu de leurs relations.
La séparation individu-société mène à des impasses comparables, quel que soit le terme privilégié.
Ne voir dans les formes de sociabilité que les divers aspects du contrat que passeraient les hommes entre eux, en vue d'une utilité commune, équivaut à reprendre, dans le domaine de la sociologie, des conceptions élaborées dans une tout autre perspective par les théoriciens du « droit naturel » qui réduisent le Nous au résultat ou à la résultante des relations calculées entre partenaires sociaux. C'est oublier que toute association présuppose, chez les partenaires, le partage d'un langage et l'accord sur les règles (c'est-à-dire les valeurs), toutes choses qui renvoient à un Nous préalable à l'association et condition de sa possibilité. Au reste, il suffit de s'interroger, dès son énonciation, sur la nature du « Je » pour y découvrir la dimension latente du Nous. À moins de réduire la revendication du « Je » à l'affirmation vide « Je suis Je » le « Je » s'inscrit toujours dans un groupe, dans une classe d'où il tire sa propre identité personnelle : « Je suis français », « Je suis étudiant », « Je suis femme », etc., toutes formes d'une appartenance à un transindividuel qui permet à l'individuel d'être décliné (je, tu, il...).
La position inverse, conforme au positivisme sociologique, ne saurait satisfaire non plus. C'est qu'elle ne substitue pas le Nous au Je, mais la société, posée comme entité, différente de toutes les subjectivit […]
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