1. Mythologie et iconographie
Les origines de la conception du dieu Śiva, de sa mythologie, des doctrines et du rituel śivaïtes sont mal connues. Le mot śiva n'est pas employé comme nom propre dans les textes indiens les plus anciens, qui sont les collections d'hymnes védiques ; il y est un adjectif signifiant « propice ». C'est seulement avec les derniers textes de la littérature védique que Śiva apparaît comme figure divine, comme autre nom du grand dieu védique Rudra, figure terrible avec, par ambivalence, un rôle de secoureur, de guérisseur magique, de « médecin des médecins ». Il y a donc une indéniable continuité Rudra-Śiva. Mais il n'en reste pas moins que la figure classique déborde très largement la figure védique, au point que la connexion ancienne puisse être oubliée, voire niée, comme cela s'est produit dans certains textes sectaires qui rejettent toute inspiration et toute autorité védiques dans les doctrines et rituels qu'ils exposent. Si des groupes śivaïtes ont manifesté une opposition plus ou moins ferme à la norme védique, des milieux védiques comprenant aussi d'autres milieux śivaïtes se sont opposés à des sectes śivaïtes extrémistes, sectes qui ne sont guère attestées dans la littérature que par les diatribes dirigées contre leurs rites rudimentaires, sanglants ou licencieux : elles admettaient le sacrifice animal ou humain et une mythologie de Śiva, être violent et terrifiant qui hante les cimetières.
• Le liṅga
La représentation la plus commune de Śiva est une pierre de forme cylindrique, émergeant d'un disque légèrement évidé en forme de bassin pourvu d'un versoir, et reposant sur un socle rond ou quadrangulaire. Une première interprétation consiste à voir dans cette pierre, appelée liṅga, une représentation phallique ; le disque médian, appelé yoni, représenterait le sexe féminin. Cette interprétation phallique est attestée dans la littérature, par exemple dans la légende où le liṅga tombe du corps du dieu, par l'effet d'une malédiction qu'avaient lancée contre lui les sages de la forêt de Dāruka, quand Śiva, déguisé en bel et jeune ascète nu […]
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