L'intérêt du site de Rio Bec, découvert inopinément en 1906-1907 par le Français Maurice de Périgny, a été immédiatement reconnu. D'une part, le site constitue alors le lien qui réunit les vestiges déjà connus du Petén et ceux du Yucatán en un même ensemble maya. Mais, d'autre part, il s'en différencie par son style original. Pour n'en rappeler que les principaux aspects, le style Rio Bec (600-1000 apr. J.-C.) se caractérise par une architecture particulière où les édifices résidentiels sont encadrés de faux temples en trompe l'œil. Temples-pyramides et terrains de jeu de balle sont dans la civilisation maya l'indice d'un centre de pouvoir ; or, à Rio Bec, il n'y en a pas. La répartition spatiale des bâtiments en groupes isolés, de taille comparable, sans véritable centre, suggère une organisation sociopolitique distincte des autres sites du Petén. Enfin, les stèles ou les monuments sculptés sont rares, et cèdent la place à des décors de façade complexes. Depuis la découverte du groupe A, les chercheurs ont identifié de nouveaux groupes, sans toutefois pouvoir proposer un plan d'ensemble du site. De plus, certains groupes déjà visités au cours des années 1930, comme le groupe B, ont été recouverts par la végétation et n'ont été retrouvés qu'au cours des années 1980. Malgré quelques interventions de restauration (groupe B) et de sondages, Rio Bec demeurait ainsi l'un des sites majeurs les plus méconnus du Mexique.
En 2002, le projet français de Rio Bec a entamé, lors d'une première campagne, l'étude systématique du site. Une reconnaissance intensive (85 hectares) a déjà permis d'établir un plan précis de la zone centrale, et de relocaliser grâce au G.P.S. la position de dix-neuf ensembles monumentaux (avant cette date on n'en connaissait que seize). De nouveaux éléments ont également été identifiés : habitat dispersé autour des groupes majeurs, terrasses, voire quelques monuments sculptés. Les fouilles prévues devraient permettre, au travers d'une approche régionale interdisciplinaire, de préciser l'organisation sociopolitique de cette variante de la civilisation maya.
Eric TALADOIRE
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