2. L'entrée en politique
De retour à Paris, les trois sœurs survivantes sont accueillies chez des parents et se reconstruisent progressivement. Simone s'inscrit à la faculté de droit et est admise parallèlement au sein du nouvel Institut d'études politiques. Elle y rencontre Antoine Veil, fils d'une famille juive assimilée de la grande bourgeoisie, tout juste démobilisé (il a participé à la libération du pays), et avec qui elle se marie à l'automne 1946. Ils ont trois garçons entre 1947 et 1954. Antoine Veil entre dès 1947 dans les cabinets ministériels de Pierre Henri Teitgen et d'Alain Poher, puis accepte une mission au consulat français en Allemagne. En 1953, il entre à l'E.N.A. avant de rejoindre le corps des inspecteurs des Finances et de poursuivre sa carrière dans divers cabinets ministériels. Pour Simone Veil, ces années sont celles de la découverte du « milieu parisien » politique et intellectuel, mais aussi d'une parenthèse dans sa vie, où elle suit son mari dans ses déplacements et se consacre à ses enfants. C'est âprement qu'elle doit négocier avec lui son entrée dans la vie professionnelle : pour le convaincre, elle accepte d'abandonner sa vocation d'avocat pour la magistrature. Le couple est encore confronté à la tragédie avec la mort brutale de Madeleine, sœur aînée de Simone, et plus tard d'un de leurs fils.
Les premières convictions politiques de Simone Veil se forgent par rejet du communisme, qu'elle perçoit d'emblée comme sectaire et autoritaire, et du gaullisme, dont elle déplore la frilosité vis-à-vis de la construction européenne. Elle est en revanche attirée par l'idée d'une troisième force, symbolisée alors par les idées émergeant dans le journal L'Express. Après son stage, elle est reçue au concours et affectée à la direction de l'administration pénitentiaire de 1957 à 1964, où elle travaille pour l'amélioration du sort des détenus, et notamment déjà de celui des détenues. Elle est ensuite appelée à la Direction des affaires civiles, puis en 1969 devient conseillère technique dans le cabinet de René Pleven, ministre de la Justice. La suite de sa carrière administrative la conduit au secrétariat général du conseil supérieur de la magistrature de 1970 à 1972, et enfin au conseil d'administration de l'O.R.T.F., première femme à siéger dans ce conseil.
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