Simone Veil est sans nul doute la femme politique française la plus célèbre et la plus populaire, et ce depuis plus le milieu des années 1970. Cette renommée est due à son combat pour la loi qui porte son nom, relative à l'interruption volontaire de grossesse (I.V.G.) votée en 1975, et à un parcours de vie exceptionnel marqué par la tragédie, intimement inscrit dans l'histoire politique de l'Europe du xxe siècle. Rescapée de la Shoah, elle a une trajectoire de « pionnière », en occupant des postes jusque-là inaccessibles aux femmes au sein de l'administration comme en politique. Elle incarne la figure d'une féministe engagée modérée, d'un témoin respecté de la mémoire de la « solution finale » et d'une professionnelle de la politique à la carrière atypique, menée en dehors des filières et des partis politiques traditionnels.
1. Une jeunesse heureuse brisé par le nazisme
Née en 1927 à Nice dans une famille juive assimilée et laïque, elle est la dernière de quatre enfants. Son père, André Jacob, exerce la profession d'architecte. Au sein de ce milieu de la petite-bourgeoisie cultivée, elle bénéficie d'une enfance protégée, prolongeant la complicité de la fratrie au sein des activités des mouvements d'éclaireuses. Ses parents sont peu politisés et ne partagent qui plus est pas les mêmes opinions : son père achète un quotidien de droite, tandis que sa mère privilégie la lecture de magazines de gauche ou de centre gauche. Si on devait rechercher dans cette socialisation familiale les prémices de la vocation politique future de Simone Veil, il faudrait davantage insister sur l'importance du modèle maternel. Très belle femme, cultivée et généreuse, elle transmet à ses enfants et notamment à ses filles, son altruisme et le désir, pour elle empêché, de conquérir son indépendance en faisant des études et en exerçant une activité professionnelle autonome.
L'offensive allemande en 1940, la rapide défaite de l'armée française et l'armistice viennent mettre fin à cette enfance niçoise. […]
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