1. Simone de Beauvoir et Sartre
La destinée posthume de Simone de Beauvoir a dissocié son œuvre de celle de Jean-Paul Sartre. Il est cependant impossible de parler d'elle sans évoquer son rapport avec Sartre qu'elle s'est employée elle-même à ériger en mythe. Simone de Beauvoir raconte dans La Force de l'âge l'invention par Sartre de cette relation de couple originale fondée sur la “nécessité” (entre eux deux), la liberté et la transparence. Ainsi commencent non seulement une vie commune (sans cohabitation), mais aussi et surtout une collaboration et un dialogue intellectuel permanents engagés dès 1929 et poursuivis pendant un demi-siècle. Les œuvres des deux écrivains se complètent et ne cessent de s'interpeller. Leurs itinéraires demeurent étroitement liés. Simone de Beauvoir découvre l'engagement politique avec la Résistance des intellectuels et participe, en 1945, à la fondation de la revue Les Temps modernes qui se donne un programme de littérature engagée. Son évolution politique est inséparable ensuite de celle de Sartre : socialiste ou progressiste jusqu'en 1952, compagne de route des communistes jusqu'en 1956, engagée avec passion pour l'indépendance de l'Algérie et vivement hostile au gaullisme, proche des mouvements gauchistes après 1968, elle cautionnera de manière plus spécifique les mouvements féministes à partir de 1970. Chez les deux écrivains, le souci exclusif de la littérature a cédé le pas à une conception militante de l'intellectuel. Cette relation exemplaire devint un modèle de vie privée pour toute une génération. Avec le recul, l'évaluation des lecteurs s'est quelque peu modifiée. Les féministes soupçonnent Simone de Beauvoir d'avoir sous-estimé sa véritable valeur philosophique et comprennent mal ce qu'elles considèrent comme une trop forte dépendance affective de l’auteur du Deuxième Sexe à l'égard de l'homme aimé. Surtout, la publication posthume du Journal de guerre (1990) et des Lettres à Sartre (1990) a jeté un nouvel éclairage sur le fonctionnement du couple durant les années couvertes par ces deux écritures privées.
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