3. Une œuvre protéiforme
Plutôt que de suivre l'ordre chronologique de la parution ou de la genèse des écrits de Vestdijk, on examinera les principaux d'entre eux selon les genres auxquels ils appartiennent – tout en n'oubliant pas que ce Protée passait sans cesse et avec aisance de l'un à l'autre, et pouvait se mouvoir presque simultanément dans des univers thématiques différents, voire opposés.
La poésie de Vestdijk est d'un abord assez rébarbatif. De 1932 à 1950, une vingtaine de recueils se sont succédé, dont la plupart affichent une prédilection pour la forme cyclique et la prosodie traditionnelle. Le langage parlé des premiers poèmes fait vite place à une majesté et à une envolée baroques, où la phrase, longue, discursive, se joue avec virtuosité des rimes, des strophes et des autres difficultés techniques, mais dédaigne – chose étonnante chez cet aspirant musicien – tout effet musical. De son propre aveu, Vestdijk cherche à réaliser une synthèse de l'épopée et de la poésie lyrique. Ses cycles évoquent volontiers les étapes d'une évolution spirituelle qui a pu être la sienne ou celle d'un héros légendaire ou mythique, mais qui presque toujours se situe sur un plan exemplaire, universel. Certains poèmes, plus descriptifs, font penser aux Dinggedichte de Rilke, dont ils n'atteignent pas la perfection formelle. On citera encore un opéra en vers, mis en musique par Willem Pijper en 1946 : Merlijn (Merlin, paru en 1957).
Ses nouvelles, De Oubliette (1933, L'Oubliette), De Bruine Vriend (1935, L'Ami brun), ainsi que la plupart des textes réunis dans De Dood betrapt (1935, La Mort prise sur le fait), De Fantasia en andere verhalen (1949, La Fantasia et autres récits), etc., sont de purs chefs-d'œuvre par leur écriture serrée, la tension du récit où l'on est plongé d'emblée, l'extraordinaire relief des personnages et surtout la densité de l'atmosphère. L'apparente sécheresse et le réalisme du style n'empêchent pas, bien au contraire, qu'il se dégage de ces œuvres un halo poétique […]
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