Secondo Tranquilli, dont le pseudonyme Ignazio Silone est emprunté à un héros abruzzais révolté contre Rome, est né dans un gros bourg de la Marsica, à Pescina, et mort à Genève, après une existence consacrée tour à tour à la politique militante, à la littérature et à l'engagement dans les batailles culturelles de l'après-guerre. Fils d'une famille de la bourgeoisie rurale, ruinée par la crise vinicole, puis détruite physiquement par le tremblement de terre de 1915, Silone porte avec lui cette enfance campagnarde et cette blessure d'un tragique cosmique et intime. Vite lancé dans le syndicalisme agraire, puis responsable des organisations de jeunesse du Parti socialiste, il passe en 1921, avec celles-ci, au P.C.I., dont il devient, au côté de Gramsci, membre de la direction. Le fascisme, dont il avait analysé les composantes sociales dans des articles originaux, oblige Silone à la clandestinité, puis, en 1930, à l'exil. Il avait continué à remplir des tâches importantes au P.C.I. : avec Togliatti, il assistait aux sessions du Kominform à Moscou ; l'épisode le plus marquant, pour lui, de ce temps-là, fut son refus d'approuver la condamnation sans débats ni dossier de Trotski. C'est ce déni de justice qui est à l'origine de la lente dérive qui mène Silone (voir Sortie de secours) à quitter de lui-même le Parti et à s'engager dans une lutte solitaire. Par la suite, son action sera surtout consacrée à la défense de la liberté de la culture et à la direction de la revue Tempo presente (1955-1968).
Mais c'est l'exil en Suisse, de 1920 à 1940, qui fait de l'homme politique un écrivain. À Zurich, il se trouve en contact avec un monde international d'intellectuels, expérience refusée à la culture italienne d'alors. L'isolement de l'exilé, la tuberculose, la pauvreté, la méditation sur la pensée socialiste italienne du xixe siècle, un grave sentiment d'abandon entraînent Silone à entreprendre une aventure littéraire imprévue et pour laquelle il ne possédait guère d'outils (« un refuge désespéré dans l'écriture »).
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