Comment peut-on consacrer toute une vie à chanter la femme sans être féministe au sens historique, c'est-à-dire polémique, du terme ? Comment résoudre, lorsqu'on est scandinave, l'accablant conflit entre rêve et réalité sans verser dans le naturalisme brutal et sans céder aux invites de l'Ange du bizarre ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles l'œuvre altière et maîtrisée de la Norvégienne Sigrid Undset donne une réponse d'amour, de courage et de foi dont la portée ne cesse de croître avec les années.
1. La femme et l'amour
Sigrid Undset est née à Kalundborg, au Danemark, d'une mère danoise et d'un père norvégien, archéologue éminent auquel elle doit un amour ardent de l'histoire, mais qui meurt alors qu'elle n'a encore que onze ans. Cette disparition aura pour elle de graves conséquences : âgée de seize ans, elle devra renoncer à poursuivre ses études et travailler dans un bureau où, toutefois, elle aura le loisir d'observer de près le milieu de la ville d'Oslo qui formera le fond de tant de ses romans. Pendant dix ans, elle mènera de front ce travail et des études qu'elle n'accepte pas de remettre à plus tard.
En 1907, elle publie son premier roman, Marta Oulie et ses voisines (Fru Marta Oulie), qui est, sous forme de journal, l'histoire d'un mariage. L'auteur y est déjà ce peintre admirable de la femme qu'elle restera jusqu'au bout, et elle a déjà trouvé le sujet profond de toute son œuvre, la tragédie de l'amour humain. On décèle aussi ce qui sera désormais l'affirmation inlassablement répétée et de mieux en mieux étayée au rythme de l'évolution intellectuelle, morale, puis religieuse de Sigrid Undset : le rêve d'un amour individualiste et absolu est une dangereuse utopie ; la seule façon, pour la femme, d'accepter la condition humaine et de découvrir les vraies valeurs de la vie est de chercher à s'accomplir dans l'exécution vigilante de ses devoirs d'épouse et de mère. Les nouvelles de Den lykkelige alder (1908, L'Âge heureux) développent ces idées. Ces premiers […]
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