4. Le shintō et l'idée de nation
Lorsqu'à la fin du xixe siècle les théoriciens de la restauration impériale voulurent doter le Japon d'une religion nationale à l'image de celles des pays occidentaux, ils s'efforcèrent de montrer que le shintō avait, de fondation, joué ce rôle dans l'Empire insulaire. Il fallait pour cela récrire l'histoire en minimisant le rôle du bouddhisme et en insistant sur la permanence du shintō, supposé un et immuable face à la dispersion de son prétendu rival. Mais si les divisions du premier en sectes multiples témoignent d'une pensée active et d'une recherche vivante, l'apparente unité du second était due à l'inexistence de toute structure de type ecclésiastique, à l'absence de toute doctrine concrète, si ce n'est précisément celle qui prétendait en faire une forme autochtone du bouddhisme, une sorte de révélation privilégiée réservée au Japon.
Tout cela était bien loin de la grande religion dont on voulait imposer l'idée, dont le Kojiki aurait été la Bible et le monarque le grand-prêtre, « dieu-humain visible » (ara-hito-gami), représentant sur terre de ses augustes aïeux. L'entreprise était cependant moins absurde que celle du « mythe du xxe siècle » de fâcheuse mémoire, avec qui elle présente certaines analogies, à première vue. Elle reposait en effet sur des mythes et des rites qui, pour avoir été négligés pendant des siècles, n'avaient jamais été formellement rejetés, et plus encore sur les croyances et les cultes populaires locaux, que le bouddhisme avait non seulement laissé subsister, mais aidé à se maintenir grâce aux interprétations syncrétistes.
Il convient d'ajouter à cela que, dès la fin du Moyen Âge, certains partisans du pouvoir impérial, contesté par les grands féodaux et menacé dans son existence même, avaient explicité la théorie du droit divin de la dynastie et de la nature transcendante de son pouvoir qui pouvait être délégué, mais non aliéné ; parallèlement naissait l'idée d'une identité nationale face au monde extérieur qui, avec les tentativ […]
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