2. Le shintō populaire
Partant de la constatation que le bouddhisme, qui était resté longtemps une religion urbaine, n'avait que très tard et très incomplètement atteint les campagnes, les doctrinaires du shintō officiel de Meiji, suivis bientôt par les ethnographes de la première moitié du xxe siècle, voulurent donc corroborer leurs conceptions, fondées sur leur interprétation du Kojiki, par l'examen des croyances et des pratiques populaires supposées « primitives » elles aussi, pour reconstituer le shintō « authentique ». De grandes enquêtes furent ainsi menées dans les villages, d'innombrables observations furent réunies, parfois de grande valeur et encore utilisables si l'on fait abstraction des conclusions souvent préconçues qu'en tiraient les auteurs. Il est bien établi en effet, maintenant que la liberté des chercheurs n'est plus restreinte par aucun interdit d'ordre politique, que les pratiques du shintō, et singulièrement les fêtes (matsuri) des dieux locaux, dont l'origine est étroitement liée à la formation vers la fin du Moyen Âge des communautés villageoises, sont fortement contaminées par le rituel bouddhique, quand elles n'en sont pas directement inspirées. Il n'en est pas moins vrai que les croyances fondamentales qui les inspirent permettent des rapprochements fort instructifs avec celles qui forment le substrat du Kojiki, et dont on trouve la trace dans des documents littéraires ou autres, à diverses époques, rapprochements qui démontrent la remarquable permanence de certaines façons de sentir, sinon de penser, que l'on peut à bon droit qualifier d'archaïques.
Cela est vrai au premier chef de la notion même du sacré, du divin, traduite par le mot kami


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