2. Le servage dans la société féodale
• Les résidus de l'esclavage
Les serfs du xie ou du xiie siècle sont donc, pour une part, les descendants des esclaves du haut Moyen Âge, et leur statut prolonge directement celui de leurs ancêtres. Ce statut se caractérise d'abord par l'absence de liberté. Le serf demeure exclu du « peuple » ; les institutions publiques l'ignorent ; il ne paraît pas à l'armée ; son maître est responsable de ses actes devant les tribunaux, et en revanche le châtie à sa guise ; il ne peut prêter serment, et l'entrée dans l'Église lui est refusée. Une cérémonie rituelle, l'affranchissement, est nécessaire pour le délivrer de ces incapacités et le faire entrer dans la société des hommes libres. D'autre part, le servage implique une étroite dépendance personnelle. Le serf ne s'appartient pas ; il est la propriété d'un autre homme qui l'achète, le vend ou le lègue. Cette dépendance est héréditaire ; elle se transmet par la mère, survivance prolongée de l'époque où le mariage de l'esclave n'était pas reconnu et où la progéniture éventuelle de la femme non libre, tout comme celle d'une brebis ou d'une jument, appartenait naturellement au propriétaire de celle-ci ; le maître dispose donc à sa guise des enfants de la serve. Cette dépendance rend les serfs objets d'une exploitation qui revêt diverses formes. Elle les astreint, envers le possesseur de leur corps, à un service gratuit. Lorsqu'ils sont casés et jouissent ainsi d'une certaine autonomie de production, ils supportent des charges particulières. Si la dispersion du domaine ou le hasard des migrations autorisées par le propriétaire font qu'ils se trouvent assez éloignés de celui-ci pour que le lien qui les attache à lui risque de se distendre peu à peu et de finalement se rompre, ils doivent chaque année, à date fixe, acquitter une taxe personnelle, le chevage, apporter à leur maître en un lieu précis une petite pièce de monnaie, et par ce don reconnaître leur dépendance. S'ils sont parvenus à accumuler une éparg […]
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