2. L'âme en attente
Le balancement obsessionnel des vers ne laisse d'enchanter : « Mon âme est pâle d'impuissance/ Et de blanches inactions/ Mon âme aux œuvres délaissées,/ Mon âme pâle de sanglots/ Regarde en vain ses mains lassées/ Trembler à fleur de l'inéclos. » Il semble qu'à force de lassitude les hommes soient « indifférents et sans une flamme d'envie,/ Pour ces roses de joie écloses sous leurs pas ;/Et ce long calme vert qu'ils ne comprennent pas ». Les « regards pauvres et las », enfin admis, épuisent ceux du poète qui ne peut « désormais plus fermer les yeux ». Les images et les rythmes combinent une même douleur lancinante : « Mon âme a joint ses mains étranges/ À l'horizon de mes regards ». Étranges aussi sont les attouchements mornes, l'atmosphère confinée où le poète attend qu'une lune aux doigts bleus entrouvre le silence des portes ; où les reflets s'appellent et se multiplient, pareils à ceux de « l'aquarium ». Le mal qui ronge est celui d'une âme malade d'être elle-même, qui éprouve douloureusement sa perception du monde et des êtres qui l'entourent et ne cesse de guetter les signes d'un possible ailleurs.
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