2. L'interprète en exil
En décembre 1917, deux mois après la prise du pouvoir par les bolcheviks, Rachmaninov profite d'une tournée en Scandinavie pour émigrer. Il ne retournera jamais dans son pays, et passera les vingt-cinq dernières années de son existence entre l'Europe et les États-Unis. Sa vie matérielle s'organise rapidement, et sa renommée de virtuose hors pair lui apporte l'admiration et la fortune. Toutefois, vivant désormais essentiellement de son talent d'interprète, il est astreint à de longues heures de travail à son clavier, afin de se constituer un répertoire qu'il ne possédait pas jusque là. Il effectue de nombreux enregistrements pour la Radio Corporation of America (R.C.A.), dont se dégage l'intégrale de ses concertos sous la direction de Leopold Stokowski et d'Eugene Ormandy à la tête de l'Orchestre de Philadelphie, de nombreuses œuvres de Chopin (Deuxième Sonate, Troisième Ballade, Troisième Scherzo, valses, nocturnes), de Schumann (Carnaval), de Liszt (Rhapsodie espagnole, Ronde des lutins, Deuxième Rhapsodie hongroise avec une cadence de sa composition)...
En 1931, Rachmaninov est élu président d'honneur de la Société musicale russe à l'étranger. Mais, depuis son émigration, sa production musicale s'est raréfiée. Il faut en rechercher les raisons autant dans les obligations de sa vie de concertiste que dans le choc résultant de l'éloignement de son pays, dont il souffre profondément. De fait, il aura écrit plus des trois quarts de son œuvre avant la Révolution. Entre 1926 et 1940, six partitions seulement voient le jour : le Quatrième Concerto pour piano, opus 40 (1926), mal accueilli et qui sera remanié en 1941, Trois Chansons russes, pour voix et orchestre, opus 41 (1926), les Variations sur un thème de Corelli, pour piano (1931), la Rhapsodie sur un thème de Paganini, pour piano et orchestre (1934) – qui constitue de fait son cinquième concerto, ne se différenciant de la tradition du genre que par la forme choisie d'un cycle de variations –, la Troisième Symphonie (1936) et l […]
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