D'origine arménienne, né à Tbilissi, Sergeï Paradjanov a passé sa vie en Géorgie. Il se destine à la musique avant de changer d'avis et de partir pour Moscou apprendre le cinéma dans une école. Il en sort en 1952 puis se rend en Ukraine, aux studios de Kiev, où il réalise ses premiers films. Le quatrième, Les Chevaux de feu (1964), est adapté d'un récit de l'écrivain ukrainien Mikhaïl Kotsioubinski. Dans ce Roméo et Juliette ukrainien, Paradjanov met en scène le milieu rural sans jamais tomber dans le folklorisme décoratif. Son film frappe par 1a beauté chatoyante des couleurs et la puissance de ses mouvements de caméra amples et vifs. L'espace n'est pas montré, il est ciselé par une caméra qui nous entraîne dans le labyrinthe que dessinent ses arabesques.
Autant Les Chevaux de feu apparaissent comme la traversée sidérante d'un lieu, autant le film suivant, Sayat Nova (1969), tourné en Arménie, est frappé du sceau de la fixité, propre à la peinture, et singulièrement à l'icône. À la profondeur de champ, Paradjanov substitue l'aplat des couleurs. Il y a là tout un art de la miniature, de l'enluminure, de la lettre-image qui ourle le film et en fait une suite de tableaux-vivants muets. Le cinéma de Paradjanov est un cinéma de la fascination hypnotique qui puise sa force au fond de ces images immobiles, où des corps sages qui prennent la pose vous regardent fixement, animent le plan d'une vie intérieure, secrète et envoûtante. Chacun de ses films est nourri concrètement de tous les arts, à croire que le cinéaste s'est donné pour mission d'être le dépositaire de toutes les civilisations et religions qui ont traversé géologiquement son lieu.
En 1984, Paradjanov réalise, avec Dodo Abachize, La Légende de la forteresse de Souram, qui révèle une nouvelle dimension, celle du souffle épique issu du conte oral populaire doublé d'un primitivisme qui nous fait retourner aux origines. Un cinéma de troubadour, de bateleur de foire, donc, avec sa truculence et sa beauté. À côté des films de P […]
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