À première vue, la carrière de Sergueï Guerassimov semble coulée dans le moule du cinéma officiel. Personnage public, il appartient à toutes les institutions possibles, du Soviet suprême à la rédaction de la revue Iskousstvo Kino. Quant à sa filmographie, elle prend un vrai départ au moment où le réalisme socialiste se fige en doctrine : son premier film marquant, Les Sept Braves, date de 1936. Après La Jeune Garde (1948), tiré du roman d'Alexandre Fadeïev, Guerassimov confirme son goût pour les adaptations littéraires avec les trois longs métrages du Don paisible (1957-1958), d'après Cholokhov, et conclut avec une version télévisée en cinq épisodes du Rouge et le Noir (1976), avant de consacrer en 1984 son film testament à Tolstoï (dont il tient le rôle).
Guerassimov, qui – entre deux films sur des « vocations professionnelles » dans le socialisme : L'Instituteur, 1939 ; Le Médecin de campagne, 1951 – a échappé aux corvées du culte de la personnalité, est avant tout connu pour sa Jeune Garde. Ce film en deux parties consacré à la résistance antinazie dans le bassin du Don enthousiasma les militants à l'étranger. Tourné en un an et demi sur les lieux mêmes de l'action, il fut – malgré le prix Staline décerné au livre dont il était l'adaptation – soumis en cours de production à d'acerbes critiques, qui lui reprochaient d'exagérer la spontanéité de la résistance et de négliger le rôle du parti. Le résultat fut, selon les termes de Jay Leyda, un des films « artistiquement les moins modestes jamais produits en Union soviétique », et il faut bien en attribuer la responsabilité première au cinéaste.
Il faut cependant amender ce portrait unidimensionnel. Guerassimov répond parfaitement à la demande quand il s'agit de tourner des films d'action sur des héros jeunes, à l'américaine, et traversés par l'esprit de l'époque : Les Sept Braves, Komsomolsk (1938). Mais son terrain favori est l'intimisme : avant guerre, le cinéaste voulait tourner un film sur Tchekhov : « Je rêve de montrer le sens de la modestie combin […]
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