Né à Rome, Sergio Corazzini y vit dans la pauvreté les vingt années de sa brève existence. À quinze ans, quand paraissent dans quelques revues romaines ses premières brèves compositions, phtisique, il sait qu'à force de « mourir un peu chaque jour » il va vraiment mourir et, à dix-neuf ans, avant de « se taire à jamais », il donne, « d'une voix douce », à son dernier recueil le titre significatif de : Chanson vaine (Piccolo Libro inutile). Poète ? Il écarte ce nom, trop grand pour lui ; il est « enfant triste qui ne sait que mourir » et qui, comme l'enfant seul sait le faire, pleure à visage découvert, sans être ridicule ou pitoyable. Aucun masque, bien peu d'ironie dans sa plainte, contrairement à l'œuvre de Laforgue ou de Jammes, les aînés admirés dont on le rapproche.
Il n'a guère vécu que l'enfance et, avec une pudeur d'enfant sensible, ne dit qu'à demi-mot ses souffrances et son attente. Souffrance de l'enfance perdue, découverte poignante faite à seize ans : « La sainte joie de l'enfance ne dure pas », brisée ; et déjà la vie effeuille le cœur. Solitude de l'enfant exilé de son enfance et incompris. Attendrissement d'un cœur triste pour les êtres oubliés du monde et les « pauvres petites choses » délaissées : les religieuses entre les murs de leur jardin crépusculaire, l'orgue de barbarie qui ne joue pour personne dans une rue déserte. Tension frémissante vers la perfection sans déclin des « grands anges des vitraux », rêve d'une tendresse paisible, immatérielle. Un être et une œuvre achevés sans avoir mûri ; des mots tout simples, de timides hardiesses, une « sonate en blanc mineur ». Son œuvre complète a été publiée sous le titre Liriche (1959).
Germaine LECLERC
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