Serge Youtkévitch est né à Saint-Pétersbourg, dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle. Ses années de formation seront pour lui cruciales : elles comportent la découverte, adolescent, de Blok et Maïakovski, l'enseignement de Meyerhold, le travail avec Eisenstein à des décors et costumes de théâtre, la fondation – avec Kozintsev et Trauberg – de la Feks, Fabrique de l'acteur excentrique (qui, sans Youtkévitch, allait imprimer sa marque au cinéma muet en tentant la synthèse du « montage roi » et du jeu de l'acteur), la participation comme décorateur – et même un peu plus que cela – à Trois dans un sous-sol d'Abram Room, (écrit par Victor Chklovski, 1927). Cette qualité de témoin – qui ne réduit en rien le rôle du créateur – est primordiale chez Youtkévitch. Toute sa vie, il a gardé une exigence de fidélité à ces années, manifestée par ses nombreux hommages à Maïakovski et ses adaptations (au cinéma, au théâtre, pour la télévision) de l'œuvre du poète. Son dernier travail au théâtre (Balagantchik-Neznakomka, 1983) est un spectacle monté à partir de textes de Blok, intégrant la pièce qui avait été, en 1911, la première création « de rupture » de Meyerhold (et aussi la première mise en scène de Youtkévitch lui-même, âgé de quatorze ans). De ces maîtres et de cette époque, le cinéaste a gardé le goût du collage, du mélange des genres, qui contredit souvent avec bonheur des projets quelque peu académiques. Il a abordé les formes de cinéma les plus variées : clownerie, dessin animé, documentaire, pièce didactique. « La Permanence de l'avant-garde », c'est le sous-titre significatif de l'étude qui lui est consacrée en 1976 par Luda et Jean Schnitzer. Si une approche toujours cultivée ne lui permet pas forcément d'atteindre la poésie, parfois instinctive, de ses contemporains Donskoi, ou Barnet, du moins se sort-il avec honneur des tâches les plus diverses. Après ses premiers films rattachés aux mouvements de l'« art de gauche » (en 1931, Montagnes d'or, musique de Chostakovitch, est une des rares mises en p […]
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